La dépendance affective

La dépendance affective - Céline Fridblatt« Tu es ma raison de vivre », « Qu’est-ce que je deviendrais sans toi ? », « Sans toi je ne suis plus rien », …

Ces quelques phrases évoquent et illustrent un lien à la dépendance affective qui peut unir une personne à une autre. La personne concernée par la dépendante affective place sa vie entre les mains de son partenaire et lui fait porter la responsabilité de son bonheur. Elle a besoin de l’autre pour se sentir exister.

Pour autant, nous avons tous besoin d’aimer et de nous sentir aimé. L’amour crée une dynamique d’interdépendance tout à fait saine et normale.

Mais alors où se situe la frontière entre amour et dépendance affective ?

Qu’est-ce qui rend la relation pathologique ?

La dépendance affective - Céline Fridblatt

AMOUR OU DÉPENDANCE AFFECTIVE ?

Quand nous sommes amoureux nous désirons la présence de l’autre, nous souhaitons l’inclure dans nos projets. Cela crée des sentiments agréables et apaisants. Sommes-nous pour autant dépendants affectifs?

Dans une relation de dépendance affective, la dynamique est malsaine. Les sentiments ressentis prennent une tournure destructrice. Notre estime de soi dépend uniquement du regard que l’autre porte sur nous. Nous rejetons nos propres valeurs et aspirations, pour absorber, épouser celles de notre partenaire.

L’amour de dépendance affective est un amour égocentrique. La personne dépendante affectivement aime son partenaire pour ce qu’il pourrait lui apporter et non pour ce qu’il est réellement et la relation est motivée par la peur de perdre l’autre plutôt que par l’amour.

Ainsi, le dépendant affectif fait porter à son partenaire toute la responsabilité de son bonheur, mais aussi de son malheur.

Pour autant, la dépendance est inhérente à la vie ; les besoins qui en font partie sont normaux. Aussi, ce n’est pas le fait d’avoir besoin de l’autre qui est pathologique. Ce qui en fait un comportement pathologique, c’est le fait de ne pas porter son besoin.

LES SIGNES DE LA DÉPENDANCE AFFECTIVE

Grégory L. JANTZ, chercheur et psychologue américain a établi une liste de 9 indicateurs de dépendance affective. Si vous vous reconnaissez dans au moins 5 d’entre eux, alors vous souffrez peut-être de dépendance affective.

  • 1. Avoir du mal à prendre des décisions sans conseil ni validation d’un tiers
  • 2. Compter sur d’autres (conjoint, famille, amis) pour assumer les responsabilités dans les domaines importants de sa vie (revenus, gestion administrative, santé, organisation domestique,…)
  • 3. Craindre et éviter tout désaccord avec son interlocuteur par peur du conflit, d’être rejeté, exclu.
  • 4. Avoir du mal à démarrer des projets ou à faire des choses par soi-même
  • 5. se sentir anxieux, ou au contraire complètement détendu quand on est seul, à la pensée de l’être
  • 6. Se rendre spontanément responsable de ce qui ne va pas (dans le cadre privé ou professionnel)
  • 7. Se sentir obligé de satisfaire les demandes et besoins d’autrui
  • 8. Avoir vraiment besoin de l’approbation et du réconfort des autres
  • 9. Etre incapable de poser et de défendre ses propres limites

D’autres indicateurs peuvent témoigner d’une dépendance affective : ne pas être en mesure de prendre soin de ses propres besoins affectifs, croire que son bonheur dépend de quelqu’un ou de quelque chose, s’attendre à ce que quelqu’un règle ses blessures d’enfance, ressentir que l’autre est une drogue rassurante et apaisante, demander sans cesses des preuves d’amour,… etc…

LA DÉPENDANCE AFFECTIVE COMME LE REMÈDE AU MANQUE D’AMOUR DE SOI

La dépendance affective est liée au manque d’amour de soi. Cela peut conduire à 2 types de comportements :

  • – essayer de se faire aimer à tout prix. Celui qui ne s’aime pas finit par user, puis par détruire la confiance de l’autre envers lui-même. Le partenaire risque alors de se lasser de donner sans cesse des preuves d’amour, qui resteront au demeurant toujours insuffisantes. Car il se trouve face à une mission impossible : tenter de donner à l’autre ce que lui seul peut s’offrir : de l’amour envers lui-même.
  • – besoin d’aimer à tout prix. La personne se trouve dans une dévotion la plus totale qui la conduit, entre autres, à prononcer des « je t’aime » incessants dans lesquelles résonnent violence et exigence.

Aussi, les relations basées sur le manque d’amour de soi sont vouées à l’échec.

Et c’est dès le plus jeune âge que se développe l’amour de soi, grâce à l’amour que l’on a reçu de nos parents. C’est ce qu’évoque Catherine AUDIBERT, dans son livre l’incapacité d’être seul: « L’amour que transmettent les parents contribue au désir de vivre et nourrit l’amour que l’enfant se portera à lui-même. »

La manière dont l’enfant aura été touché, regardé, écouté, ainsi que la manière dont on aura répondu à son besoin d’attention est déterminante dans le sentiment d’amour de soi, composante essentielle de la confiance en soi.

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L’ATTACHEMENT

Une des fonctions de l’attachement est de permettre de se sentir en sécurité  afin de pouvoir partir à la découverte de ce qui nous entoure. Cela est très important pour le développement intellectuel et moteur du bébé, mais aura aussi des répercussions dans la vie adulte, sous forme de curiosité intellectuelle, relationnelle, cette joyeuse curiosité pour la journée à venir.

Il est essentiel d’avoir eu un « bon » attachement. Selon la théorie de l’attachement de John BOWLBY, l’attachement de l’enfant à sa mère est un phénomène primaire irréductible  à la nourriture. Il permet à l’enfant un sentiment de sécurité grâce auquel il va pouvoir s’éloigner petit à petit de sa figure d’attachement pour explorer le monde.

A la suite des travaux de BOWLBY, Mary AINTHWORTH a défini 3 types d’attachement, qui conditionnent nos relations une fois que nous sommes adultes.

– L’attachement sécure : l’enfant joue avec plaisir et explore l’environnement en présence de sa mère. Lorsque celle-ci s’en va, il manifeste le manque de sa mère en pleurant et en appelant. A son retour, il va rechercher activement sa proximité et repart jouer une fois qu’il est rassuré. Ainsi, à l’âge adulte, il n’aura aucune difficulté à devenir intime et à faire confiance à son partenaire.

– L’attachement évitant : dans ce type d’attachement, l’enfant évite ses états émotionnels, car il a fait l’expérience qu’ils ne sont pas reconnus et traités en tant que tels par les adultes : manque d’attention, colère, moqueries. L’enfant inhibe donc ses manifestations émotionnelles pour en éviter les conséquences indésirables. Ainsi, lorsque sa mère quitte la pièce, l’enfant manifeste une apparente indifférence, et continue à jouer et à explorer à son retour comme avant la séparation. Les personnes à l’attachement évitant, sont extrêmement déstabilisées en matière d’attachement et d’amour. Elles se construisent avec une représentation négative du monde et des autres, synonymes de menaces potentielles. Par conséquent, elles seront dans une forme de rejet de l’attachement et de la relation amoureuse.

– L’attachement ambivalent ou anxieux : ce type d’attachement est provoqué par une hypervigilence anxieuse ou au contraire un désintérêt ou une négligence vis-à-vis de l’enfant. L’enfant est agité, il pleure intensément en l’absence de sa mère, qui arrive rarement à le calmer à son retour. Une fois devenu adulte, il vivra avec un grand besoin de l’autre pour se sentir exister, avec des demandes affectives démesurées et une peur omniprésente d’être abandonné. Il se trouve donc en dépendance affective.

LA PREOCCUPATION MATERNELLE PRIMAIRE

La sécurité intérieure s’acquiert également au travers des soins prodigués par la mère à son enfant. Ce que WINNICOTT  nomme la préoccupation maternelle primaire permet à la mère de répondre et s’adapter à tous les besoins de son enfant avec une sensibilité extrême. Ainsi, l’enfant fait l’expérience d’une continuité relationnelle rassurante. WINNICOTT différencie dans la fonction maternelle 3 rôles qu’il définit en anglais comme : holding, handling et object presenting.

Le terme holding fait référence au soutien et au maintien de l’enfant, non seulement sur le plan physique, mais également sur le plan psychique. Cette contenance psychique permet l’établissement d’un sentiment d’unité de soi.

Le terme handling fait référence aux manipulations du corps et aux différents soins apportés par la mère (le laver, le changer, le toucher). Cette fonction a pour effet de permettre à l’enfant de lier son vécu corporel à son vécu psychique et participe à la structuration du fonctionnement mental.

Enfin, l’object presenting est la capacité de la mère de mettre à disposition de l’enfant les objets dont il a besoin au moment opportun.

Ainsi, sentiment d’unité de soi, structuration du fonctionnement mental, base d’un soi authentique et attachement sécure sont le terreau de la sécurité intérieure, de la confiance en soi et de l’identité qui permettront l’autonomie de la personne et l’investissement joyeux des relations interpersonnelles et notamment des relations amoureuses.

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LA CAPACITÉ D’ÊTRE SEUL

Toujours selon WINNICOTT, la capacité d’être seul est un des signes les plus importants du développement affectif.

Et la dépendance affective est une conséquence de l’incapacité à être seul, à se vivre en tant que sujet.

Là encore, c’est nourrisson que le tout petit va faire l’expérience de la solitude où il va pouvoir découvrir sa vie personnelle. Une solitude relative puisqu’il vit la solitude en présence de sa mère.

Ainsi, « l’amour des parents, qui respectent chez l’enfant ses besoins, y compris celui de solitude, sera également la source de la créativité future du sujet, que l’on retrouve dans de multiples domaines, mais surtout dans la relation à l’autre. » (Catherine AUDIBERT, l’incapacité d’être seul).

Le besoin de solitude permet de se retrouver, de se ressourcer et de rétablir un contact avec soi-même.

QUE FAIRE ?

La première étape est déjà la prise de conscience d’être dans une dépendance affective et d’en prendre la responsabilité. Il sera essentiel d’accueillir ses émotions : colère, tristesse, angoisse,… en se recentrant, pour accorder de l’attention à ce que l’on ressent.

Le travail en psychothérapie permettra de restaurer l’amour de soi, en réhabilitant les bons parents intérieurs, afin de nourrir un sentiment de sécurité.

Ainsi, la personne prend la responsabilité de son bonheur et se sent enfin libre d’être elle-même.

« La relation d’amour serait alors une relation qui permettrait aux individus de conserver leur propre créativité, sans avoir peur d’être seuls. La relation addictive, lorsqu’elle reste figée, serait à cet égard un étouffement de la vie créatrice, qui s’explique par le fait, que beaucoup de gens sont pris dans des compulsions liées à leur histoire passée, car  c’est dans les premiers stades du développement affectif de l’individu que sont jetées les bases de ses capacités en la matière. », Catherine AUDIBERT, l’incapacité d’être seul.

 

QUELQUES PISTES DE LECTURE

  S. TOMASELLA, L’emprise affective : sortir de sa prison, Eyrolles

  S. TOMASELLA, Les relations fusionnelles, je ne suis rien sans toi, Eyrolles

  S. TOMASELLA, Le sentiment d’abandon, Le livre de poche

  M. NABATI, Comme un vide en moi, Le livre de poche

  C. AUDIBERT, L’incapacité d’être seul, Petite bibliothèque Payot

  D.W. WINNICOTT, La capacité d’être seul, Petite bibliothèque Payot

  E. ARKADY, Dépendance affective : oser être soi pour s’en libérer, Jouvence

  S. TENENBAUM, Vaincre la dépendance affective : pour ne plus vivre uniquement par le regard des autres, Albin Michel

  ML LABONTE, Vers l’amour vrai, se libérer de la dépendance affective, Albin Michel

  C. DUPONT, Renoncer à la dépendance affective, Josette Lyon

  E. SEMERIA, Le harcèlement fusionnel, les ressorts cachés de la dépendance affective, Albin Michel

  G. CORNEAU, N’y-a-t-il pas d’amour heureux ?: comment les liens père-fille et mère-fils conditionnent nos amours, J’ai lu

  J. SALOME, Jamais seuls ensemble, Pocket

http://lisemarieboudreau.com/reconnaitre-signes-dependance-affective/

http://www.redpsy.com/infopsy/dependance3.html

 

 

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